À propos de Rik Daems
Le style pictural de Rik Daems, du moins comparé à l'approche traditionnelle, est tout sauf orthodoxe. Au lieu de poser la toile sur un chevalet, il la pose à plat sur le sol. Au lieu d'utiliser pinceau, pinceau et étalement, il préfère verser la peinture directement sur la toile (l'Américain Pollock, devenu célèbre pour cette méthode, appelait cela la méthode du « goutte à goutte »). Plutôt que de chercher à représenter graphiquement l'apparence purement visuelle des personnes et des objets, il sonde le moi intérieur et choisit de lui donner une « image » interprétée de manière totalement subjective (ce qui est, après tout, la manière la plus valable de créer un portrait de quelqu'un ou de quelque chose). Rik Daems ne s'intéresse pas à la production d'images, d'imitations, de représentations, ni même d'imaginations. Contours, figures ou objets ne lui servent à rien. Il s'attaque directement aux couleurs, non pas pour les étouffer ou les dominer, mais pour les rendre co-responsables et complices. Il les laisse libre cours, mais orchestre leur pulsion autonome de délire, leur tendance à fusionner, leur besoin de déborder. Il veille à ce que le jaune, le rouge et le bleu restent strictement purs et sains. Ils peuvent se traverser et se superposer, mais pas l'un dans l'autre ! Tels des jeux de lave cristalline, brillants et figés, ils serpentent sur la toile, s'étirant ou bouillonnant, en traits ou en cordons, en pics ou en boucles. Mais la main du maître maîtrise l'orientation de certains mouvements, apportant plus de sérénité à certains espaces : affections, souvenirs, réflexions et pensées vagabondes.
Mais dans ce paysage totalement abstrait, composé de points et de rayures fluides, des objets du quotidien, très concrets, sont intégrés et insérés, de manière inattendue et paradoxale, directement : une raquette de tennis, les restes d'un ordinateur mis au rebut, de vieux pinceaux et des couvercles de boîtes de conserve… Une réalité usée et pourtant réminiscente pénètre ainsi et s'intègre à un monde totalement non figuratif par le débordement de la peinture. Un lien se crée entre ces objets du quotidien, sur le point d'être mis au rebut, qui acquièrent soudain une existence nouvelle, à mi-chemin entre leur véritable identité, pourtant mise au rebut, et une présence poétique, purement plastique.